2 – La maison d’Henri Sellier

Un itinéraire hors du commun

Henri Sellier naît le 22 décembre 1883 à Bourges. Après des études au lycée de la ville, il obtient le diplôme des Hautes Études commerciales (HEC) en 1901. En 1906, il est licencié de Droit de la Faculté de Paris. Ses études lui apportent une excellente connaissance de la comptabilité ainsi qu’un très bon niveau en anglais et allemand qui lui permettra de voyager à travers l’Europe.

Après avoir occupé plusieurs fonctions administratives dans des ministères, il devient conseiller général de la Seine en 1910 dans la subdivision administrative de Puteaux, ville où il est conseiller municipal de 1912 à 1919.
Il se consacre aux problèmes urbains et plus particulièrement à ceux du logement populaire. En 1913, il dépose auprès du Conseil général de la Seine une proposition « tendant à la réorganisation du département de la Seine et à la création d’un Office Public départemental d’habitations à bon marché » qui voit le jour en 1915 et dont il devient l’administrateur-délégué l’année suivante.

Élu maire de Suresnes aux élections municipales de 1919, il sera successivement président du Conseil général de la Seine (1927-1928), sénateur de la Seine (1935-1941), ministre de la Santé publique (1936-1937).

Portrait d'Henri Sellier jeune (c)Archives familiales

Le projet urbain et social

En 1919, Henri Sellier est élu maire de Suresnes : c’est cette même année que les plans des premières cités-jardins de l’Office Public des Habitations à Bon Marché du département de la Seine (OPHMBS) sont esquissés. Il participe activement à de nombreuses associations comme l’Association des cités-jardins de France et l’Association des cités-jardins linéaires. Il est le fondateur, avec Marcel Poëte de l’Ecole des Hautes études urbaines qui deviendra l’Institut d’urbanisme de Paris.

En plus de la cité-jardins édifiée par Alexandre Maistrasse et Julien Quoniam, il fera réaliser à Suresnes un programme d’équipements d’éducation, d’hygiène et de soins.
On compte parmi ceux-ci le groupe scolaire Payret-Dortail (actuel lycée Paul-Langevin), le centre médical municipal Raymond Burgos, la crèche Darracq (actuelle crèche Pinocchio) et l’École de plein air.

Henri Sellier est réélu à la tête de la ville jusqu’à sa destitution sous le régime de Vichy en 1941.

Les cités-jardins de l'Office public des habitations à bon marché du département de la Seine (c)Documentation du MUS

Une vie familiale entre Suresnes et le Cher

En 1907, Henri Sellier épouse Jessa Guitton (1886-1969), une jeune couturière originaire de Vierzon qui deviendra par la suite employée de commerce.

Ils ont deux enfants, Lucien et Janine, qui les accompagnent dans leurs voyages à travers l’Europe.

La famille rejoint Suresnes en 1915, habitant d’abord un appartement dans un immeuble situé boulevard de Versailles (actuel boulevard Henri Sellier) puis dans une maison édifiée par Maurice Payret-Dortail (1874-1929) rue Merlin de Thionville.

Ce dernier y applique les inspirations de l’architecture moderne et les normes d’hygiénisme qu’il a pu mettre en place dans l’actuel lycée Paul-Langevin et dans la cité-jardins du Plessis-Robinson.

Henri Sellier et sa famille retournent régulièrement dans le Cher, dans la maison familiale de Massoeuvre (Saint-Florent-du-Cher) où ils s’adonnent à des loisirs champêtres comme la pêche ou la baignade.

Henri et Jessa Sellier (c)Archives familiales

Les inspirations d’Henri Sellier

La pensée politique

La pensée d’Henri Sellier est marquée par Léon Bourgeois, homme politique, Prix Nobel de la Paix en 1920, penseur social, inventeur d’une philosophie de la solidarité fondée sur l’idée de « dette sociale ».

Il est également influencé par Jules-Louis Breton, ingénieur adepte des doctrines d’Edouard Vaillant et inventeur astucieux pour la vie quotidienne. Jules-Louis Breton crée le « Salon des Arts ménagers » à Paris.

En 1929, il commande une statue de Jean Jaurès à la tribune au sculpteur Paul Ducuing. Un tirage en bronze sera réalisé par la fonderie Le Blanc – Barbedienne et la statue ornera l’entrée de la cité-jardins.

La pensée urbaine

Pour lutter contre la crise du logement ouvrier, Henri Sellier s’inspire du concept de Garden city imaginé en 1898 par Ebenezer Howard : un grand ensemble urbain (240 000 hab.) de six cités-jardins et une cité sociale, séparées par des zones vertes et reliées entre elles par des moyens de transports. En 1902, lors de la seconde publication de son ouvrage « Garden Cities of To-Morrow », il n’évoque plus qu’une cité-jardins plus petite (32 000 hab.). Cette proposition est retenue par Raymond Unwin pour les villes de Letchworth (1903), Hampstead et Welvyn (1919) près de Londres. Georges Benoît-Lévy, après un séjour en Angleterre, à l’initiative du Musée Social, fonde l’Association des cités-jardins de France. En 1904, son ouvrage « La Cité-jardin » est le premier d’une série sur ce thème.

La pensée hygiéniste

Henri Sellier, inspiré par les docteurs Hellet, Du Mesnil et Paul Juillerat, ainsi que par Paul Strauss, conseiller municipal de Paris et Sénateur de la Seine, fonde en 1902 la Ligue contre la mortalité infantile et propose des lois sur l’assistance aux vieillards infirmes (1905) et le repos des femmes en couches (1913).

Henri Sellier au pied de la statue de Jean Jaurès dans la cité-jardins de Suresnes (c)Archives familiales

Hommages

Dans le square de l’Hôtel de ville, une sculpture lui rend hommage.

Réalisée par le Maurice Saulo, elle a été inaugurée le 1er décembre 1962. Le MUS conserve son plâtre préparatoire présenté ici.

Il s’agit de la dernière œuvre de l’artiste, fils et élève du sculpteur Georges Ernest Saulo, qui expose au Salon des Artistes français à partir de 1919 et obtient le second Grand Prix de Rome en 1927.

Parmi ses créations ornant de nombreux équipements publics franciliens, on peut noter son bas relief pour la façade du centre médical de Suresnes représentant « La Science secourant la Douleur ».

Le boulevard de Versailles est renommé boulevard Henri Sellier en 1944, tandis que le groupe scolaire Aristide-Briand de la cité-jardins de Suresnes devient collège Henri Sellier un an plus tard.

Maquette du monument hommage à Henri Sellier dans le square de l'Hôtel de ville, inv. 997.00.1329
Portrait d'Henri Sellier (c)MUS, inv. 997.00.679
Henri Sellier en famille, avec Lucien et Jessa (c) MUS, inv. 997.00.576
Henri Sellier et son fils Lucien (c)Archives familiales
Henri Sellier et sa fille Janine (c)Archives familiales
Henri Sellier et les enfants de l'école maternelle Wilson sur une balancelle (c)Archives familiales
Paire de lunettes d'Henri Sellier (c)MUS, inv. 2012.1.5
Serre-livres "Berrichons" d'Henri Sellier (c)MUS, inv. 2012.1.7
Insigne de maire d'Henri Sellier (c)MUS, inv. 2012.1.9
Echarpe de maire d'Henri Sellier (c)MUS, inv. 2012.3.1
Maquette du monument hommage à Henri Sellier dans le square de l'Hôtel de ville (c)MUS, inv. 997.00.1329