20 – Le cimetière américain et la forteresse du Mont-Valérien

Un lieu de mémoire des victimes des deux conflits mondiaux

En septembre 1917, tandis que les États-Unis s’apprêtent à entrer en guerre, le gouvernement américain cherche un terrain à proximité de la capitale, anticipant les pertes humaines à venir. En effet, de nombreux blessés seront évacués vers les hôpitaux parisiens dont l’hôpital américain de Neuilly-sur-Seine.

Cimetière Américain vu de drone (c)Ville de Suresnes

La Ville de Suresnes et son maire Victor Diederich concèdent gracieusement et perpétuellement trois hectares de terrain au gouvernement américain, au nom du peuple français.  Le service funéraire de l’armée américaine (Graves Registration Service of the Army Quartermaster Corps) est chargé de l’aménagement du cimetière : celui-ci est confié à l’architecte-paysagiste Jacques Gréber (1882-1962) qui a déjà réalisé trois cimetières américains en France.

1.565 sépultures de soldats y sont aujourd’hui réunies dont celles de 24 soldats inconnus de la Seconde Guerre mondiale. 7 infirmières sont également inhumées ainsi quInez Crittenden, dirigeante du service des opératrices téléphoniques américaines les Hello Girls.

Le « mur des disparus » de la chapelle honore la mémoire de 974 disparus en mer, dans les airs et sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale lors de l’offensive Meuse-Argonne de 1918. Lorsque lors corps ont été ultérierement retrouvés, une rosette a été adjointe à l’inscription de leur nom.

La chapelle

La chapelle d’origine a été conçue par l’architecte Charles Adams Platt (1961-1933) de New York. Elle est achevée en 1932.

La fresque en mosaïque derrière l’autelLa Paix, est l’œuvre de Barry Faulkner (1881-1966).

William et Geoffrey Platt, fils de l’architecte, ont réalisé les loggias et les salles-mémorial qui sont inaugurées en 1952 au cours d’une grande cérémonie dirigée par le général George Marshall (1880-1959), alors président de l’American Battle Monuments Commission.

La chapelle © Image gracieusement fournie par l’ American Battle Monuments Commission / photographie Warrick Page

L’inauguration

Le cimetière est inauguré le 30 mai 1919, jour du Memorial Day, par le président américain Woodrow Wilson (1856-1924), en présence du général John Pershing (1860-1948) et du maréchal Ferdinand Foch (1851-1929).

Chaque année, on y célèbre toujours cette journée d’hommage à toutes leurs victimes tombées au champ d’honneur de par le monde le dernier dimanche du mois de mai.

Memorial day 1930 (c)MUS, inv. 2018.0.15

Le fort du Mont-Valérien, un des forts pour ceinturer Paris

Adolphe Thiers, alors ministre des Affaires étrangères et président du Conseil, fait édifier en 1840 une enceinte de fortifications autour de Paris complétée par seize forts militaires détachés et des ouvrages variés.

Bénéficiant d’un emplacement privilégié, le site du Mont-Valérien accueille une forteresse : c’est la seule à l’Ouest de la capitale.

De forme pentagonale, elle est particulièrement bien protégée avec des fronts allant de 350 à 400 mètres, des pas de cavaliers reliant les bastions, un double mur de soutènement, des douves et un mur défensif épaulé par un glacis.

Le Mont-Valérien doit constituer un véritable verrou pour la capitale en protégeant la presqu’île de Gennevilliers et les hauteurs de Sèvres et de Saint-Cloud.

Vue aérienne de la forteresse du Mont-Valérien, inv. 997.00.1600

Un emplacement décisif

La forteresse du Mont-Valérien joue un rôle très important dans la guerre franco-prussienne et le Siège de Paris en 1870-1871.

Son énorme canon, la Valérie, lance des boulets de 140 kg sur les lignes ennemies et protège les sorties des troupes parisiennes hors de la ville assiégée.

Hélas, les Prussiens remportent la bataille de Buzenval en janvier 1871 et Paris tombe quelques jours plus tard.

 

Entrée de la forteresse du Mont-Valérien, inv. 997.00.2173

Le 8e régiment de transmissions

En 1875, l’administration des postes et télégraphes est chargée de la restructuration des unités de télégraphie militaire. Or, il n’existe que très peu de personnel qualifié !

Une école de télégraphie militaire est alors installée au Mont-Valérien en 1884.
La forteresse, qui est en mesure d’accueillir 2000 soldats, est un lieu idéal. Sa position permet la mise place d’instruments de télégraphie optique comme une Tour Chappe sur la ligne Paris-Brest-Cherbourg.

Par la loi du , les unités de télégraphie militaire de métropole sont regroupées au Mont-Valérien au sein d’un seul régiment qui prend l’appellation de 8e régiment du génie.

Leur action durant les conflits armés est héroïque : les soldats avancent sous le feu des batailles pour dérouler ou réparer les lignes.

Sapeurs de Génie en construction de ligne, inv. 2006.2.494

Le colombier militaire

En parallèle à la télégraphie optique, des pigeons voyageurs sont élevés.

Lors du siège de Paris ils portent plus d’un million de messages depuis la capitale assiégée !
Durant la Première Guerre mondiale, ils prennent des photographies des lignes ennemies.
Deux décennies plus tard, leur action sera également déterminante pour transmettre des micro-fiches entre la France et Londres.

Aujourd’hui, près de 200 spécimens sont encore choyés. Ils participent à des concours et forment la mémoire vivante des lieux.

Voitures colombophiles, inv. 2006.2.487
Cimetière américain (c)MUS, inv. 2018.0.11
Cimetière américain (c)MUS, inv. 2018.0.22
Cimetière américain (c)MUS, inv. 2018.0.29
Le fort du Mont-Valérien (c)MUS, inv. 2006.2.462
Entrée de la forteresse du Mont-Valérien, inv. 2006.2.471
Entrée de la forteresse du Mont-Valérien, inv. 2006.2.474
Les fossés du Mont-Valérien, inv. 2006.2.469
Les fossés du Mont-Valérien, inv. 2006.2.470
Corps de garde de la forteresse du Mont-Valérien, inv. 2006.2.475
Caserne dans la forteresse du Mont-Valérien, inv. 2006.2.477
Chapelle dans la forteresse du Mont-Valérien, inv. 2006.2.485
Télégraphie militaire, inv. 2006.2.496
Télégraphie militaire de campagne, inv. 2006.2.491
Une bonne farce pour les militaires du Mont-Valérien, inv. 2006.2.489
Exercice de télégraphie militaire à la forteresse du Mont-Valérien, inv. 2006.2.490
Télégraphie de campagne à la forteresse du Mont-Valérien : la préparation du café, inv. 2006.2.497
Exercice de télégraphie militaire à la forteresse du Mont-Valérien, inv. 2006.2.499
Militaire de la forteresse du Mont-Valérien, inv. 2006.2.501

Haut lieu de la mémoire nationale

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’armée allemande réquisitionne différents lieux, casernes ou forteresses militaires pour mettre en oeuvre sa politique répressive. Le Mont-Valérien est investi par la Wehrmacht dès juin 1940, qui le transforme quelques mois plus tard en un lieu d’exécution.

Plus de 1000 hommes, résistants ou otages, sont alors fusillés. 

Selon la volonté du général de Gaulle, le Mémorial de la France combattante y est érigé en 1960.

Le fossé des fusillés au Mont-Valérien, inv. 997.00.1344

Et aujourd’hui ?

De nos jours, la vocation militaire du site cohabite avec sa puissance mémorielle.

Le 8e régiment de transmissions fusionne en 2008  avec la DIRISI d’Île-de-France et prend le nom de Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information d’Île-de-France – 8e régiment de transmissions (DL8). Il assure en tous temps le bon fonctionnement des télécommunications et des systèmes d’information du ministère de la Défense.

À l’intérieur du site, au sein du Mémorial de la France combattante, le « Parcours du Souvenir » permet à chacun de suivre le chemin de ceux qui allaient être fusillés : de la chapelle dont les murs gardent encore la trace des graffitis gravés par des condamnés, à la clairière des fusillés.

La forteresse du Mont-Valérien vue du ciel

Carte d’identité de l’œuvre

Titre : Mont-Valérien (vue aérienne)
Numéro d’inventaire :  997.00.1600
Auteur : COMPAGNIE AERIENNE FRANCAISE (photographe)
Millésime : XXe siècle
Technique et matériaux : papier (procédé argentique)
Dimensions : H. 41,2 cm ; l. 57,8 cm (Support en carton : H. 56,4 ; l. 73,8)
Issue du fonds ancien
Lien vers la notice de l’œuvre